Alors que le massacre insupportable à Gaza par Tsahal et ses milliers de morts continue et prend actuellement une tournure encore plus abjecte avec l’offensive sur Rafah, le climat actuel dans le milieu politique nous a poussé à écrire cet article pour redire quelques observations qui devraient être des évidences pour tout révolutionnaire anti-autoritaire : comme dans tout endroit existant sur cette planète, il existe en Israël comme en Palestine, nombre de personnes en lutte contre les différents pouvoirs qui les oppriment.
En Israël des manifestations s’enchaînent tous les week-ends depuis plusieurs mois pour réclamer un cessez-le-feu, et demander le départ de Benjamin Netanyahu et de son gouvernement, accusés de continuer une guerre inutile et meurtrière à Gaza pour se maintenir au pouvoir, tout en empêchant la libération des otages israéliens détenus par le Hamas par leur volonté de poursuivre aveuglément les combats.
Si les massacres qui se sont déroulés lors de l’attaque dirigée par le Hamas le 7 octobre dernier avaient choqué le pays et fait croire à une courte période d’union nationale, les contestations s’étaient rapidement élevées dès mi-octobre 2023 pour réclamer à l’État d’avoir pour priorité la libération des otages. Alors que le gouvernement israélien s’est entêté à poursuivre la guerre, occasionnant des dizaine de milliers de morts, ces manifestations en soirée se sont intensifiés jusqu’à faire descendre des dizaines de milliers de personnes dans la rue. Le 6 mai dernier, dans la manif’ la plus massive depuis des mois, des protestataires ont bloqué l’autoroute Ayalon, allumant des feux sur leur passages, et certains manifestants ont assailli l’entrée du Ministère de la Défense avant d’être repoussés par la police.
Ces manifestations viennent rappeler le mouvement de contestation qui avait provoqué des grèves massives et fait sortir plusieurs centaines de milliers de manifestants l’an dernier, et ce jusqu’en septembre 2023, contre la réforme de la justice. Il s’était élargi en partie à la contestation de la politique mené par le gouvernement israélien vis-à-vis des palestiniens, mais aussi à la montée de l’influence politique des mouvements d’extrême-droite sionistes ou religieux ultra-orthodoxes. Lors de certains de ces rassemblements, considérés comme faisant partie des plus massifs de l’histoire du pays, les participants étaient parvenus à plusieurs reprises à bloquer des autoroutes importantes, parfois dans plus de 150 endroits à travers Israël, des voies maritimes, et à un des moments culminants du mouvement en termes d’intensité, à s’approcher de la résidence de Netanyahu.
Aujourd’hui, les opposants à la réforme judiciaire, les familles des otages et les refuzniks, les jeunes israéliens qui refusent le service militaire obligatoire et sont pour ceci passibles de prison, se mêlent dans la rue. Le gouvernement, usant de la vieille et habituelle rhétorique nationaliste d’union sacrée, a dénoncé ces manifestations comme un « cadeau » fait par les israéliens au Hamas, tandis que la police a réprimé brutalement les rassemblements et arrêté plusieurs dizaines de personnes ces dernières semaines, dont des membres de familles d’otages, notamment pour « incitation à l’émeute ».
Solidarité aux interpellés de ces nuits là et à tous ceux qui luttent en Israël contre l’État, la répression policière et la militarisation.
Depuis qu’il a pris le pouvoir sur le mouvement nationaliste laïc du Fatah en 2007, le Hamas cherche à imposer sur Gaza, par l’application de la charia, son idéologie fondamentaliste religieuse et réprime durement toute contestation de son autorité sur ce territoire déjà éprouvé par le blocus israélien.
Cela n’empêche pourtant pas les gazaouis de se soulever contre le Hamas, sa mainmise sur les ressources économiques ou ses « comités moeurs » qui surveillent l’application des restrictions religieuses. Depuis une dizaine d’années, des manifestations et émeutes font irruption dans l’enclave palestinienne. Des manifestations de grande ampleur avaient eu lieu à plusieurs reprises dans la ville de Gaza en 2015 et en 2017 notamment pour protester contre les incessantes coupures d’électricité, dont le réseau et l’approvisionnement était partiellement contrôlé par le Hamas et le Fatah à l’époque. En 2019, les gazaouis avaient pris la rue en bloquant les routes et en enflammant des pneus pour protester contre les taxations imposées par le Hamas sur des produits de nécessité et contre les conditions de vie inhumaines, entre pauvreté, chômage, pénuries et enfermement, alors que les dirigeants du Hamas ne vivent pas à Gaza et que ses gradés profitent de positions très privilégiées par rapport au reste de la population. En juillet-août 2023, des protestations dans les villes de Gaza, de Rafah, de Khan Younès et dans les camps de réfugiés de Jabalyah et Nusseirat, ont réuni des milliers de palestiniens, après notamment de nombreux appels relayés par le compte Instagram anonyme « Virus Al Sakher » ou « Virus moqueur ». Les palestiniens manifestaient contre les conditions de vie atroces imposées par l’armée israélienne mais aussi contre le pouvoir local du Hamas, dont les partisans ont été la cible de jets de pierre et ont vu leurs drapeaux verts brûlés par les émeutiers. Les gazaouis chantaient notamment « Le peuple veut renverser le régime ».
Face à ces manifestations, le Hamas et sa police ont toujours répondu par une forte répression, en tabassant les émeutiers et en les mettant en prison, en tirant en l’air ou sur la foule. Le Hamas a constamment empêché la propagation des images et des appels sur les réseaux sociaux, même si nombre de témoignages nous sont parvenus et sont chaque jour partagés. Il a aussi, depuis sa prise de pouvoir, condamné à mort et/ou exécuté plusieurs palestiniens, et a beaucoup usé le motif de « collaboration avec Israël ». Le Hamas a en général cadenassé l’expression des désaccords dans l’enceinte de la bande de Gaza, avec une surveillance accrue des gazaouis matérialisé par : les Services de sécurité générale et de ses fichiers sur chaque individu où sont recensés ceux qui ont participé aux manifestations de 2023 ou ceux ayant jugé « immoral » ; un réseau d’informateurs étendu et un encouragement à la délation.
Solidarité avec tous ceux qui à Gaza, en plus de subir les assauts meurtriers répétés de Tsahal et le blocus israélien, descendent dans les rues contre l’autoritarisme militaire et religieux du Hamas.
Les faits rappelés ici montrent qu’en Israël ou en Palestine, des individus se sont toujours battus et se battent toujours contre ceux qui tentent de contrôler leurs vies, qu’ils soient des soldats et des politiques de l’État israélien ou des partisans du proto-État du Hamas (ou même avant, du Fatah). Ces révoltés semblent pour la gauche campiste ne pas exister, tant la volonté est grande d’assimiler tout ce monde à son gouvernement respectif pour maintenir intact son idéologie.
Depuis le 7 octobre, une partie de la gauche et des aires subversives françaises et internationales se vautrent dans un campisme des plus débilitant. Alors que la droite et l’extrême-droite soutiennent de manière obscène le gouvernement israélien, Tsahal, et leur « droit » à la riposte militaire et aux massacres, la gauche sous anti-impérialine, des bouteldjistes de Paroles d’Honneur à Solidaires en passant par les trotskystes, a répondu par un soutien, « critique » ou pas, à ceux qui sont supposés être « le camp des palestiniens », en l’occurrence le Hamas, présenté comme étant la « résistance palestinienne ». Enfin LFI, qui soigne sa période électorale, tire son épingle du jeu en se présentant comme le parti défenseur des opprimés, après avoir fait maintes fois preuve de positions ambiguës sur la Syrie de Bachar al-Assad ou sur le génocide des Ouighours par la Chine.
Hors des plateaux-télés, les occupations étudiantes se succèdent et certaines des revendications qui y sont portées nous interrogent : l’arrêt des poursuites contre les étudiants mobilisés ne nous pose absolument aucun souci, mais une autre revendication qui revient concerne l’arrêt des partenariats avec les universités israéliennes, notamment parce que celles-ci auraient des filières en lien avec l’armée israélienne. Assez cocasse de la part d’étudiants de Science Po, dont une grande partie constitue les futurs politiques, ambassadeurs, bureaucrates des cabinets ministériels, qui collaboreront bientôt avec leur État et leurs armées et tous ceux du monde, quand ils auront enfin fini de boycotter des triple-cheeses. Si cette revendication était obtenue, cela reviendrait à empêcher notamment tout échange universitaire pour les israéliens désirant se rendre en France, peu importe ce que ces israéliens pensent de leur gouvernement, qu’importe apparemment si ces derniers sont des refuzniks ou des émeutiers ayant combattu l’État israélien depuis le printemps dernier ou plus longtemps encore. Récemment, un appel a été lancé à Paris pour demander l’annulation de la venue des exposants israéliens lors d’un salon de l’industrie de l’armement à Paris (« Aucune arme israélienne à Eurosatory »). L’antimilitarisme serait-il devenu sélectif, en fonction du pays qui utilise-vend-achète les nouvelles technologies militaires qui serviront à tuer tous azimuts ? Y a-t-il maintenant les bons et les mauvais missiles ? A-t-on enterré l’internationalisme le plus élémentaire pour de bon ?
Pire encore, une partie de ceux que nous avons cités se baignent lamentablement dans un antisémitisme sous couvert d’antisionisme dans la plus pure tradition soviétique (ou sorialienne). On en viendrait presque à confondre certaines déclarations de gauche avec des saillies dieudonnistes, surtout quand d’aucuns, perdurant ainsi la longue tradition de l’antisémitisme de gauche, viennent accuser de « sionistes » ceux qui critiquent une rhétorique confusionniste ou antisémite de la part de leurs idoles gauchistes qui reprennent le vieux poncif des « juifs nouveaux nazis » ou du lobby sioniste qui contrôle le monde. Ou que d’autres viennent déballer leur nouvelle forme de négationnisme pervers en affirmant que le nazisme ne fut pas « nécessairement antisémite » (vu sur Twitter).
Nous rappelons ici à ces raclures que critiquer Israël, ses massacres, sa colonisation en Cisjordanie et sa politique générale envers les palestiniens est possible sans en appeler à la référence sensationnaliste aux nazis, qui avaient une spécificité assez essentielle : vouloir éradiquer les Juifs (ce qui ne les a pas empêché d’exterminer d’autres impurs et indésirables du IIIème Reich).
En faisant ceci, ces raclures ne rendent service ni aux gazaouis et aux initiatives de soutien, ni à la lutte contre l’antisémitisme.
De l’autre côté de l’échiquier politique, le RN, parti de racelards créé par d’anciens collabos et Waffen-SS, se sent maintenant de tenter de faire gober à tous qu’il est un parti protecteur pour les juifs, en déversant par la même occasion sa bile contre les immigrés maghrébins et arabes.
Quelle époque détestable mais qui ressemble finalement à toutes les autres : comme toujours, la gauche comme la droite nous donnent envie de gerber.
Les actes antisémites ont augmenté partout en flèches et, devant la banalisation, à gauche notamment, de discours, d’actions ouvertement antisémites ou flirtant avec, il nous semble plus que jamais nécessaire de marquer une rupture
Par ces quelques observations, nous voulons rappeler que la stratégie qui consiste à amalgamer les individus aux États ou aux organisations qui les oppriment est une arnaque factuelle et conceptuelle la plus complète, la réalité ayant toujours contredit ces analyses, et qu’elle équivaut à donner absolution à ces mêmes États, tant ces derniers se frottent les mains en voyant leurs discours si proprement diffusés.
S’il doit sans doute être difficile de penser à autre chose qu’à sa survie quand on est sous les bombes comme les gazaouis le sont actuellement, s’il est sur qu’il est de plus en plus ardu en Israël, où le pouvoir politique mène une intense propagande de guerre et d’union sacrée, de résister aux sirènes nationalistes, nous savons qu’il existe toujours une potentialité pour la révolte là-bas, des deux côtés de la frontière. Il est une nécessité pour les révolutionnaires d’ici et de partout d’affirmer en solidarité que la défense d’un drapeau national n’a jamais émancipé personne dans ce bas-monde et que la bataille ne se mène pas entre nations, entre religions, entre « peuples » mais qu’elle se mène contre ceux qui nous exploitent et nous oppriment, qu’ils soient soldats, religieux, démocrates ou capitalistes !
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Mauvais Sang numéro 7 / Édito
L’alourdissement des frontières nationales, des expulsions, et de l’accès à des papiers qui conditionnent bien trop nos conditions de vie, continue de s’approfondir. Au Royaume-Uni, c’est un projet de loi visant à expulser massivement vers le Rwanda qui est au goût du jour ; en France, après la loi immigration, c’est le projet de loi visant à mettre un terme au droit du sol à Mayotte qui est maintenant lancé. Sur l’île, ce sont des collectifs de « citoyens » revendiqués qui ont fait des blocages et barrages pour dénoncer la « crise migratoire » et demander ainsi plus de renforcement de la frontière, alors que le droit du sol y est de base déjà durci. N’attendons pas que le Conseil Constitutionnel se prononce à ce propos. Ni droit du sol, ni droit du sang ! Comme avec la loi immigration à propos de laquelle nous avons écrit dans le numéro précédent, c’est contre l’État français, contre ses citoyens fiers de l’être, contre les institutions de tri et les entreprises et associations collabos qu’il faut se battre sans relâche. Il n’y a pas de calendrier du droit et de la loi pour combattre l’horreur des frontières.
En parallèle de la mise en action de sa politique xénophobe, l’Etat a aussi annoncé récemment les mots d’ordres de son nouveau gouvernement : contrôle, travail et autorité. Du contrôle sur les précaires et les chômeurs en instaurant le travail obligatoire en contrepartie du RSA et la fin de l’allocation spécifique de solidarité (pour les chômeurs en fin de droits), histoire de foutre tout ce petit monde au boulot bien rapidement. De l’autorité sur les jeunes avec la généralisation du SNU, la création d’une peine de « travail d’intérêt éducatif » pour les mineurs et d’une peine complémentaire de TIG pour les parents d’enfants délinquants et l’uniforme à l’école et le doublement de l’enseignement de l’instruction civique et morale, pour faire de toutes les jeunes générations de dociles citoyens de la République. La réforme de l’aide médicale d’État a même été promise, garantissant par là une accélération de la discrimination des étrangers dans les années à venir.
Avec ce numéro 7 de Mauvais Sang, nous espérons bien agiter de la révolte contre les fantasmes de droit du sang, de Papas et de Mamans citoyens réarmés, contre le travail et l’autorité et contre les identités bien traditionnelles qui sont notamment remises au goût du jour par des influenceurs à la mode tels que des Tradwife et des racistes réactionnaires estampillés « décoloniaux » plébiscités par une partie de la gauche.
Ne nous laissons pas faire non plus face à la répression récente de nos révoltes : la Défense Collective de Rennes est menacée de dissolution ; douze personnes arrêtées à proximité du CRA de Vincennes le 31 décembre ont un procès en cours au tribunal de Paris pour « groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations », « transport d’explosifs », « refus de signalétique », « identité imaginaire » et « refus de donner les codes de déverrouillage du téléphone » ; un jeune homme de 19 ans a été condamné à cinq ans de prison (dont trois avec sursis) le 7 février à Asnières-sur-Seine pour l’incendie de ce même tribunal lors des émeutes le 29 juin dernier. À chaque fois, c’est toute la révolte et la subversion qui grouillent dans ce pays qui sont visées.
Enfumages et fumiers

Le récent mouvement européen des agriculteurs qui semble avoir pris fin, est apparu dans un contexte de recrudescence des forces d’intervention réactionnaires, face auxquelles la gauche et ses franges les plus radicales n’ont trouvé d’autre moyen de réagir que par la composition. Ainsi diverses propositions de la gauche et des aires subversives affirmaient que le mouvement des agriculteurs devait être rejoint, que ces derniers sont « nos camarades ». Camarades vraiment ? Car quand on regarde un peu ce qui peuplait ces divers blocages de routes et fumiers déversés, outre la FNSEA ce sont bien des exploitants agricoles qui étaient en colère et qui menaient toutes ces actions et non pas des ouvriers agricoles et autres saisonniers qui ont à endurer en plus d’un boulot mal payé, des patrons aux revendications qui posent question quand au fait de vouloir s’y rattacher (on rappellera que les agriculteurs mobilisés réclamaient pour la plupart la diminution des restrictions sur les pesticides et un assouplissement des charges patronales). Mais ça n’est pas tout, faisons un rapide point sur les modes d’actions qui ont existé au cours de ces quelques semaines de mobilisation agricole, car un point important se retrouvait presque systématiquement : le fait de s’attaquer aux produits étrangers. Des destructions de produits « non français » dans les supermarchés, mais aussi dans des camions arrêtés lors des blocages, notamment aux frontières, le tout sous la complicité et le regard amusé des flics et du pouvoir. Il ne fait aucun doute que rien dans ce mouvement de « travailleurs », de gens qui « eux travaillent » n’allait dans le sens de l’émancipation et d’une révolution anti-autoritaire. Plusieurs arnaques rhétoriques et théoriques ont été avancées pour crédibiliser une intervention. Premièrement, une rapide comparaison avec le mouvement des gilets jaunes a émergé, sur un thème, le fait qu’une partie des révolutionnaires portaient justement un discours critique vis-à-vis de ce mouvement, comme certains ont porté un regard critique au début des gilets jaunes. Or, il est vrai qu’au début des gilets jaunes une frange du mouvement était composée de petits patrons, de propriétaires terriens et autres exploiteurs et qu’une lutte a eu lieu au sein du mouvement contre cette frange là (qui s’est d’ailleurs retirée aussi en partie d’elle même car ce mouvement commençait par ces pratiques à être contre eux). La différence avec les agriculteurs, ou les bonnets rouges c’est que les conflits qui se sont opérés dans les gilets jaunes se sont exprimés dès le 17 novembre et avec une intensité accrue les 1 et le 8 décembre. A la différence des GJ, nous n’avons eu vent d’aucun conflit ayant eu lieu en interne qui pourrait faire penser à un dépassement du mouvement vers une remise en cause des ses bases conformes à la bonne marche du capitale. Deuxièmement, les gauchistes ont vu dans une maigre partie du mouvement, principalement représentée par la Confédération Paysanne, des revendications qui leur semblaient émancipatrices, notamment en raison de leur opposition au “néolibéralisme” et à la mondialisation. Pourtant, nous n’y voyons qu’un retour au localisme, au protectionnisme, ainsi qu’à la petite propriété et à une défense des petits exploitants face aux gros. Prendre parti dans des querelles entre petits et gros exploitants ne nous intéresse pas, nous voulons détruire l’exploitation dans son ensemble !
Il est plus qu’urgent d’être sans complaisance avec le chauvinisme et les revendications de frontières aujourd’hui !
Danse avec les fafs. PDH, Bouteldja et « l’identité blanche »
Autopsie d’un raisonnement identitaire mortifère
Le 10 décembre 2023, Paroles d’Honneur, chaîne Twitch animée par Wissam Xelka publie une émission intitulée « De quelle couleur sont les beaufs ? ». La chaîne PDH est en quelque sorte la vitrine médiatique de la pensée politique du PIR (Parti des Indigènes de la République), mouvement décolonial racialiste créé entre autres par Houria Bouteldja, une de ses principales théoriciennes, qui a fait de la question identitaire la base de sa théorie et de sa stratégie politique. Ce courant politique, sorte de léninisme agrémenté de social-démocratie capitalisant sur les différences entre les gens que ses militants fantasment, est plébiscité par une partie de la gauche (LFI principalement) mais aussi des aires dites « subversives », qui se sont montrées particulièrement accueillantes suite aux événements du 7 octobre en Israël.
Cette émission organise une rencontre entre les « barbares », représentés par Wissam Xelka, et les « beaufs » ou « petits blancs », représentés par deux gilets jaunes ex-soraliens revendiqués passés chez les bouteldjistes, Aymeric Patricot, essayiste-prof de prépa et auteur de deux ouvrages aux noms dignes de fan-fictions de FdeSouche, un cheminot de la CGT et Raz, twitcheur gauchiste mal dégourdi. Les questions posées par l’émission sont les suivantes : « Qui sont les blancs ? Un dialogue est-il possible entre « blancs » et « non-blancs » ? »
Après quelques considérations en début d’émission sur ce que sont les « petits blancs », tous s’accordent à parler de ces prolétaires blancs faisant partie d’une France périphérique, laissés pour compte, à qui le libéralisme aurait tout pris, à part la « blanchité ».
S’en suivent 2 heures de discussions essentialistes et paternalistes décomplexées, entre passages sur les apports bienheureux de Soral malgré son antisémitisme, sur la nécessaire prise en compte de la question identitaire à gauche, et sorties sur le paradis perdu d’avant le libéralisme et la mondialisation qu’étaient les contrées européennes et françaises traditionnelles et religieuses. Wissam Xelka, s’appuyant sur l’influenceur anti-métissage et antisémite Bassem, déplore que les « Blancs » ne soient pas assez fiers d’être français, en comparaison des algériens qui sont fiers d’être algériens. Donc au lieu de critiquer un nationalisme (algérien) en s’appuyant sur un autre (français) tout empreint d’une évidente faferie, il prend le plus accepté à gauche pour dédroitiser l’autre. À un autre moment, qu’on pourrait qualifier d’anthologie, l’essayiste Patricot, enchaînant au cours de l’émission des propos d’authentique faf du RN, s’essaye même à parler de « racisme intra-blanc » décrivant le mépris qu’ont les « bourgeois blancs » envers les « prolétaires blancs ». Tellement fondu de la race qu’ils ont même réussi à réinventer la classe. Prouesse.
Nous allons tenter de décortiquer ici le projet sous-jacent traduit dans cette émission, la dualité entre « Beaufs & Barbares », du nom du dernier livre d’Houria Bouteldja, sorti en mai 2023, où elle se demande pourquoi, aux élections présidentielles de 2022, les « petits Blancs » ont voté Le Pen, et non Mélenchon ?
Pour Bouteldja, la gauche n’a pas réussi à capter les « beaufs » car elle n’a pas su parler à leurs affects de « petits Blancs », alors qu’elle a su le faire avec ceux des « barbares ». La gauche n’a pas su analyser le vide identitaire chez les « Blancs », qui vivent maintenant dans un monde blanc « asséché spirituellement ». Ce monde blanc asséché fut créé par le libéralisme, qui aurait confisqué aux « Blancs » leur fameuse culture commune, composée de la vie de village (celle des gaulois ?), des traditions, de la famille, de la virilité, et surtout de la religion, la chrétienté (on croit voir ici la fameuse culture « judéo-chrétienne » si chère à l’extrême-droite identitaire, du RN à Reconquête). Les « Blancs » ont « évidemment » des besoins de sécurité, de dignité, de fierté (d’être blanc donc, si on suit bien.) Il est donc nécessaire selon les racialistes du PIR de répondre à ce grand problème identitaire. Or, la gauche n’a pas pris en charge ce problème d’identité en ne proposant que des luttes sur les questions du chômage, de la retraite ou des salaires, qui sont apparemment uniquement des « sujets de Blancs », qui ne servent qu’à améliorer la vie des « Blancs » et ainsi renforcent le « pacte racial ». Il semble assez aberrant de rappeler ici que les populations issues de l’immigration sont évidemment touchées par les problématiques de précarité que soulèvent les luttes qui concernent le chômage, les retraites, le travail, et s’en préoccupent, comme tous ceux qui sont dans la galère, mais les indigénistes nous y obligent. Reprenons. Selon Bouteldja, c’est l’extrême droite, avec le suprémacisme blanc et le racisme, qui est la plus efficace dans sa réponse sur le plan identitaire (on se demande bien pourquoi…). Ces « petits Blancs », déracinés, ne comprennent pas que dans tous les cas, l’extrême droite sert également le projet capitaliste et vont droit dans le mur, même pour leur propre situation qui est avantagée par le fameux « pacte racial » depuis qu’ils ont accepté « la blanchité » au détriment de leur « culture chrétienne commune ».
Voilà pour l’analyse de Bouteldja, qui nage décidément de plus en plus profond dans un marécage conceptuel essentialiste, simpliste et réducteur.
Diviser pour mieux régner
Ces différences au niveau identitaire expliqueraient que la jonction entre « les beaufs » et les « barbares » ne se soit pas faite lors des Gilets Jaunes ou des émeutes de 2023 suite à la mort de Nahel. Toujours cette conception de la lutte en termes d’alliance de groupes sociaux complètement fantasmatiques car en réalité très hétérogènes et une vision totalement erronée de ces moments intenses de conflit social, traversés de maintes complexités, faites de rapports de force et de tensions. Ce n’est que la preuve que ces auto-proclamés représentants n’ont pas participé à ces luttes et ne sont que de vulgaires récupérateurs. Vouloir réduire les Gilets Jaunes à des émeutes de « blancs », et les émeutes suite à la mort de Nahel à des émeutes « d’indigènes », dans une vision raciale étriquée et binaire, est tout bonnement faux et particulièrement réducteur.
Pour eux, ce qui empêche ces deux corps sociaux opprimés, très homogène dans cette vision, de se réunir et de se révolter contre la bourgeoisie, c’est le racisme, créé par l’extrême-droite et partagé chez les « petits Blancs ».
Cependant, par chance, Bouteldja ne condamne pas les « petits blancs » au fascisme, ils peuvent sûrement évoluer, la « blanchité » n’est pas une fatalité ! Mais leur parler d’antiracisme ne sert à rien, comme parler d’anticapitalisme aux « indigènes » ne sert à rien selon elle : cela ne touche pas leurs affects respectifs de « petits Blancs » ou de « barbares ». Pour répondre à ce désespoir « blanc » identitaire et culturel, il faudrait permettre que les « Blancs » expriment leur « fierté » (d’être blanc) en revenant à la culture fantasmée qu’ils partagent : traditions, famille, religion, transcendance. Ce dernier point est particulièrement important : il faut retrouver le chemin de l’Église selon Bouteldja (et créer le « front commun de la foi » proposé par le gilet jaune ex-soralien du plateau de PDH). Le projet est de faire concurrence à l’extrême-droite sur le plan identitaire, en faisant exactement comme l’extrême droite donc.
Depuis ses premiers écrits, Bouteldja ne cesse de revendiquer la prise en compte de la « dignité » et de « l’identité » comme manière de mobiliser ceux qu’elle appelle les « indigènes », les individus issus de l’immigration, souvent en faisant fi des distinctions sociales internes à cette partie de la population. Dans un campisme à toute épreuve qui voit dans le progressisme de l’État la seule volonté d’imposer son impérialisme à ces individus, cette obsession pour la défense de l’identité l’a menée à avoir des analyses et des positions définitivement réactionnaires. Pour ne citer qu’un seul exemple assez parlant : pour Bouteldja, si l’individu homosexuel « racisé » de banlieue ne se présente pas aux autres comme homosexuel et le cache, c’est le signe chez lui d’une conscience de ses « intérêts de race » qui le mène à refuser le progressisme blanc, fer de lance de l’impérialisme de l’État dans les quartiers, qu’on voudrait imposer aux « indigènes ». Car les « formes de vies LGBT » serait spécifiques à l’Occident, et qu’il faut protéger les formes de vie pas encore soumises à la « blanchité ». Il le cache donc pour défendre sa « race », et non car l’homophobie existe partout. Entre simplification et essentialisation, on laisse juger qui voudra de la pertinence de cette analyse sur les oppressions faites aux LGBT et nous voudrions dire ici qu’on ne lutte pas contre une oppression (en l’occurrence ici, même mal analysée, le racisme) en prônant la défense, même de manière retorse, d’une autre (l’homophobie ici, sous la forme incitative de « rester au placard » par « solidarité de race »).
De plus, la solution politique in fine proposée par les léninistes paternalistes que sont Bouteldja, Wissam Xelka et leurs acolytes pour « conquérir une hégémonie politique » (direction et avant-garde, toujours…) est bien peu subversive. Elle est expliquée dans de nombreuses interventions publiques de Bouteldja, notamment dans son dernier livre, et est résumée par Wissam Xelka à la fin de l’émission de PDH : « On a 4 ans pour lui faire voter Mélenchon ». LFI donc, et le parlementarisme, comme l’illustrent les nombreux rapprochements entre la galaxie gravitant autour du PIR et le parti gauchiste.
Pour l’émancipation et l’autonomie, on repassera.
Délivre-nous du mal
La pensée politique proposée par les bouteldjistes est donc profondément réactionnaire et essentialiste. Il est à peine croyable qu’un certain nombre de gauchistes ait vu ne serait-ce qu’une once de perspective d’autonomie et d’émancipation dans des analyses assimilant une population infiniment diverse à plusieurs corps sociaux homogènes dotés de mêmes caractéristiques et volontés et exempts de tensions internes, accompagnées de propositions de retour à l’identité et à la tradition.
Évoquant une problématique réelle, celle de l’atomisation sociale provoquée par le capitalisme, qui a petit à petit réduit beaucoup d’échanges sociaux à des sphères étroitement instaurées et contrôlées par celui-ci, notamment par le biais du travail, Bouteldja et consorts cherchent à y répondre par un projet politique qui ne peut qu’être perçu comme à total contre-courant d’une démarche libératrice.
Les traditions et la vie de village, ce paradis d’antan fantasmé par nos « blancs décoloniaux », qui consistait par exemple, entre autres, à exclure les marginalisés, les « étranges » et les oisifs, paraît-il être émancipateur? Et ce n’est certainement pas non plus le retour à l’ordre familial, aux rapports de pouvoir domestiques et à la soumission des enfants aux aînés qui apportera un peu de liberté dans le monde. Les pouvoirs publics en appellent aux parents quand ils souhaitent que leurs enfants cessent de participer à des émeutes, rappelons-le. Et plus d’un siècle de psychanalyse devrait nous permettre de garder vive à l’esprit une critique minimale de la famille comme foyer de multiples aliénations…
Si la tradition et la famille sont cités par les indigénistes , c’est cependant la religion, qu’on ne s’y trompe pas, qui est pour eux la voie d’insertion privilégiée de l’identité et de la race – chez les « blancs » avec la chrétienté, et chez les « indigènes », avec l’islam. Deux religions qu’on assigne arbitrairement à des catégories fantasmées de population, des « races » inexistantes, qui renferment une multitude de conceptions, dont l’athéisme, et de variations dans la croyance et la manière de la vivre. Il faut être profondément raciste pour penser qu’« arabes » égal « islam », et qu’ « européens » égal « chrétien ».
Le « front commun de la foi » rêvé par les ex-soraliens de PDH serait-il celui de l’opposition à l’avortement, ou celui de l’opposition à l’union homosexuelle ? Comme toute religion et particulièrement les grands monothéismes, les deux religions citées par nos influenceurs-militants ont été depuis le début de leur création des instruments de contrôle social des individus vivant sur cette terre, par des préceptes absurdes et de la morale distillée à cœur joie, accompagnés toujours par la menace du péché et de la sanction sur la vie future. Des religions qui ont toujours exécuté, mis en cage, torturé physiquement et psychologiquement, mis au ban, isolé, emprisonné dans des mécanismes sectaires ou auto-mutilants, les nombreux déviants qui s’écartaient de leurs dogmes, ainsi que les fidèles. Des religions qui ont aussi toujours été à côté du pouvoir des capitalistes et des États, ces derniers l’utilisant au gré de leurs envies et des nécessités politiques du moment, en les reléguant à un second plan ou en les mettant en avant, pour optimiser leurs mainmises sur les populations et empêcher la révolte. Des religions qui ont toujours installé chez les individus de faux sentiments d’appartenance à des communautés abstraites, soudées uniquement par le partage de la même foi et transcendant ainsi les différences sociales, empêchant les individus de se rassembler sur ce qui devrait les unir : l’envie déterminante de sortir de l’oppression capitaliste et étatique et d’empoigner enfin leur liberté face à tous ceux qui la leur confisquent.
La critique de la religion reste, malgré les gauchistes qui essayeraient de nous faire croire que cette dernière est compatible avec l’émancipation, un préalable essentiel à toute initiative portant une critique radicale de l’oppression. La réfutation de celle-ci est d’une importance capitale pour saisir ce qui cherche à limiter notre potentiel à subvertir ce monde, qui nous permettrait enfin de le détruire.
L’arrivée de la race, sous la forme de sa version culturaliste et ethno-différencialiste « race sociale », et son acceptation il y a de cela quelques années dans les aires dites subversives nous paraissait déjà bien dégoûtante. Il nous semble que l’arrivée, sans même la cacher, d’un appel à la « fierté et la dignité blanche » devrait créer un réflexe vomitif sain de défense chez tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la question de l’émancipation des individus. Il nous semble également que c’est le signe ici que ces gens sont un peu trop à l’aise, pour pouvoir débarquer de cette manière en prônant le retour à des valeurs réactionnaires digne d’un Eric Zemmour des grands soirs. Cette nouvelle étape dans la stratégie politique indigéniste devrait faire réaliser à tous ceux qui ont partagé certaines des pensées de ce courant politique que l’imposture n’a que trop duré et que ces léninistes paternalistes devraient être vigoureusement combattus, au lieu d’être soutenus ou ne serait-ce que tolérés.
L’identité, c’est la réaction. Accentuer et capitaliser sur l’identité, comme on l’a toujours vu, de Maurras à Zemmour en passant par les suprémacistes de Kémi Séba, ou ici chez les bouteldjistes, c’est toujours prendre l’autoroute vers le racialisme et le racisme.
Nous nous opposerons toujours à ceux qui veulent diviser l’humanité en communautés, en catégories essentialisées, même alliées, simplifiant de là la complexité du monde et des rapports sociaux.
Nous nous opposerons toujours à ceux qui veulent baser leur lutte sur des valeurs réactionnaires telles que les traditions, la centralité de la famille, ou la religion.
Car nous sommes révolutionnaires et que nous cherchons la destruction de ce monde pour y entrevoir enfin la liberté, qui ne saurait être atteinte si l’on ne se débarrasse pas vite de ces vieilleries.
Et maintenant, qu’on en finisse !
Ma vie dans un micro-onde
Avec le terme de « réarmement démographique », le gouvernement affiche une volonté de contrôle des naissances, des corps, des organes. C’est une rhétorique militaire et patriote bien connue, Qu’elle soit nataliste ou anti-nataliste, on connaît les horreurs qui ont été commises en son nom, comme, par exemple, le programme de l’enfant unique de la Chine communiste. Depuis mars 2023, à Mayotte, L’État par l’intermédiaire de l’ARS, annonce vouloir inciter les femmes mahoraires ou comoriennes à se ligaturer les trompes pour maîtriser la natalité sur l’île…
Extrêmement autoritaires, ces mesures symbolisent la mainmise et le contrôle social de l’État sur l’intimité, la sexualité, les corps. Il ne s’agit que du prolongement d’un contrôle déjà en place des adolescents et enfants, à qui on apprend à être et devenir la future main d’œuvre de l’Etat.
Cette offensive réactionnaire s’exprime aussi dans des niches internet qui forment, culturellement et idéologiquement, un nouveau féminisme conservateur. Nous prendrons pour exemple le succès des « Tradwives » (« femme tradi ») sur les réseaux sociaux. Sorte de nouvelle tendance « lifestyle », ces femmes au foyer idéales, parfaitement peignées, dans un intérieur parfaitement rangé, cherchent à rendre leur idéologie souhaitable et séduisante. Comme beaucoup de théories et de cultures pourries, elles ont su se réinventer, se rendre désirables, sexy, glamour alors qu’elles avaient pourtant été enterrées sous des couches de poussières. Leurs vidéos « aesthetic » et le mode de vie prôné (refus du travail salarié, retour à la douceur rassurante du foyer, éloge du couple traditionnel normé hétérosexuel monogame mari/femme) ouvrent une fenêtre sur un monde idéal : celui où, débarrassé du « travail », les « femmes » (cette catégorie sociale homogène bien connue…) pourraient enfin se livrer à leurs « activités préférées » (entretien de la maisonnée, cuisine, ménage…). Il n’est pas nécessaire d’être un marxiste chevronné pour comprendre que le travail de la femme au foyer reste du travail, et que s’il n’est pas salarié, il n’en est pas moins aliénant. Le patron du mari est aussi celui de la femme. La femme travaille pour cette petite entreprise qui est son foyer : elle a ses horaires, ses logiques de rendement, ses temps de pause… Les murs du foyer peuvent être très épais, ils ne peuvent échapper aux réalités du monde extérieur. Cette pseudo subversion du modèle libéral, de l’atomisation généralisée de la société par un retour à la famille, ne subvertit rien, ce passéisme n’offre aucune émancipation, seulement un retour carabiné des rôles sociaux, des normes, du différentialisme essentialiste des femmes et des hommes (compris chacun comme des entités univoque, uniforme, fermement caractérisés).
Plus à gauche, les influenceuses « witchy » (essentiellement des influenceuses qui, se prenant pour des sorcières, proposent des rituels pour faire revenir les exes, et des pierres de lunes à 800e, on exagère à peine), qui constellent l’esthétique féministe libéral n’offrent pas de perspectives bien distinctes. Les codes peuvent être un peu différents, la misère du fond reste la même. En réalité, ce sont les deux faces d’une même pièce. Ces deux tendances prônent le retour à la nature, au féminin sacré, aux grands principes de la biologie, avec la même pseudo-critique du progrès scientifique, de la technologie, du libéralisme. Tout cela mélangé avec du développement personnel et du management de soi et de son intérieur.
Quelques soient les circonstances, cherchons et trouvons ce qui subvertit ce monde et ce qui, même à l’intérieur de la misère, de la barbarie, de la catastrophe, offre des possibilités de révoltes et de révolutions. S’il est nécessaire de critiquer le libéralisme, l’atomisation, le monde du travail, faisons le toujours du point de vue de l’émancipation. Ne cédons rien face à l’offensive en cours de la droite et de la gauche, qui trouvent judicieux de ressortir ces vieilleries pour répondre aux enjeux de notre époque.
Contre la réaction, vive la révolution !

Il fait chaud, c’est vrai, mais qu’est-ce-que c’est douillet. Il fait chaud et humide dans le micro onde. J’y suis née et j’y mourrai, et oui, c’est ainsi que mes organes sont faits ! On ne choisit pas, mais quel bonheur ! C’est pas moi qui travaille, c’est lui : ainsi, j’ai tout le temps nécessaire pour me livrer à mes activités favorites.
À l’extérieur du micro onde, tout le monde sait bien que l’air est irrespirable. Seul l’air du micro onde vaut la peine d’être vécu, heureusement, je n’y suis pas seule, quelle immondice ce serait. Chaque soir, je l’attends, il ouvre alors la belle porte rectangulaire de ses gros bras musclés, la porte est tellement lourde comment pourrais-je l’ouvrir? et il ramène tout ce dont j’ai besoin, tout ce que j’ai demandé, comme il est gentil, pour faire la popote avec les maniques que j’ai moi-même confectionné, quel bonheur que cette petite maison, sans air irrespirable, sans maladie, sans intrusion, sans travail, où il fait chaud, humide et bon. Je ne travaille pas, je fais tourner la machine. Elle tourne, tourne, parfois très vite. Moi ce que je préfère c’est sa cadence. Il fait chaud dans le micro-onde. Mais qu’il fait bon de vivre à l’intérieur. J’ai chaud, je transpire. Toute la viande, ça rentre pas, ça dégouline même sur les murs, enfin bon, on va s’en sortir, qu’il fait bon de vivre à l’intérieur. Il fait chaud, il fait de plus en plus chaud. Je n’ai pas la force d’ouvrir la fenêtre. Mes mains glissent. Ce n’est pas grave ça, c’est rien du tout, je vais attendre allongée, la tête vissée vers la porte. Il arrive quand ? Il fait chaud, il fait vraiment très chaud. Je vais tomber malade, si je tombe malade, je pourrai plus faire à manger. Notre vie est très simple vous savez, mais nous en sommes fiers, c’est une chance de faire tourner ce petit intérieur, on va pas se plaindre. On est bien, on est vraiment heureux. J’ai du mal à avaler ma salive, c’est comme si, c’est comme si ma langue se bloquait contre mon palais. C’est drôle. Quelle heure il est déjà. Quelques heures. Ça passe bien, on s’occupe bien on s’ennuie pas. Mes épaules glissent contre le lino, c’est cette chaleur, c’est. Je vais être malade, c’est décidé.
Mauvais Sang numéro 6 / Édito
Mauvais Sang souhaite ses meilleurs vœux révolutionnaires : que l’année qui vient dépasse la précédente en perspectives révoltées, repousse les enlisements dans la social-démocratie, combatte vivement les offensives réactionnaires qui pullulent en ce moment… et libère tous les prisonniers entassés dans ce pays pourri, d’autant plus nombreux qu’une large majorité des personnes condamnées en lien avec les émeutes de juillet ont été incarcérées !
Le présent contexte qui s’étire depuis septembre est en partie celui d’un retour de bâton de l’Etat français après les émeutes vivifiantes qui ont mis à sac tant de commerces, de véhicules et surtout d’antennes de la république (certains commissariats, des écoles, des mairies…) exprimant le refus du meurtre de Nahel par la police et surtout le refus du dialogue dans lequel finissait alors de se noyer le mouvement contre la réforme des retraites, paralysé trop souvent par la soumission du temps de la révolte au temps de la loi.
Tandis que la justice et la police poursuivent leur travail de broyage de vies pour effacer une certaine partie des traces de ce moment d’espoir, l’école a brillé en réaction dès la rentrée scolaire en esquissant le retour au contrôle du vêtement à travers les consignes ciblant l’abaya, puis en testant dans certaines régions le retour de l’uniforme, en accélérant la mise en place du nouveau service militaire (le Service National Universel)… Au pas la jeunesse, plus jamais comme en juillet 2023 ! Quant à l’immigration, au pas aux frontières, ou alors au compte-goutte selon les besoins de la production et de la main d’œuvre, par exemple comme dans ces chantiers pour les Jeux Olympiques qui ont fait plus d’un mort à Paris… ! Et ainsi le champs de la réaction s’étend, n’épargnant pas de larges pans de la gauche qui soit s’offusquaient des émeutes (on brûle des écoles ???), soit rechignaient tout de même à tracer des continuités entre le mouvement social finissant et celles-ci (laissant ainsi seules face à la répression un nombre révoltant de personnes…), soit cherchaient à les récupérer en appelant à de stupides manifestations porteuses d’une aspiration à la justice (punir le punitif policier par la police, voilà une idée qui ferait bien de disparaître), soit y martelaient leurs sales lorgnettes racistes qui ne font que coller avec celles du gouvernement au final (le mouvement social, c’est pour les «blancs», et les émeutes, c’est pour les «non-blancs» et on déverse les fantasmes raciaux…).
Dans ce contexte, il est temps de s’autonomiser radicalement vis-à-vis des discours de la gauche et de faire exister des propos et actions s’attaquant sans concession aux relents réactionnaires qui se retrouvent parfois trop souvent à s’allier à cette même vieille gauche (chercherait-t-elle à se rajeunir en se baignant une énième fois dans les eaux puantes du nationalisme et de l’identitarisme ?). Cette gauche qui drague actuellement un mouvement assez confus d’exploitants agricoles, mais traversé en tout état de cause par un travaillisme ambiant et une défense de la propriété (même la petite et la locale, celle de gauche!) qui nous semblent loin de relever d’une perspective émancipatrice, en plus de comprendre, pour une partie importante du mouvement, tout un tas d’idées et de pratiques réactionnaires (entre chauvinisme et appel au libéralisme). Au goût du jour depuis le 7 octobre, c’est à une flopée de discours réduisant les Palestiniens au Hamas et les Juifs au gouvernement actuel d’Israël qu’on a dû faire face… Le léninisme est en pleine offensive et il est hors de question que nous le laissions encore une fois boucher l’horizon révolutionnaire ! Feu à toutes les frontières, à tous les Etats, et à tout ce qui y aspire !
Voilà ce dans quoi s’inscrit ce numéro de Mauvais Sang, journal bâtard pour la révolution.
Il est possible de nous contacter par mail, que ce soit pour entrer en conflit, pour poser des questions ou autres contributions. Il est aussi possible que nous vous contactions, que ce soit pour entrer en conflit, pour poser des questions ou autres contributions.
Des enfants bâtards
de l’anarchisme et du communisme.
Tous des vandales !

Dans la nuit du premier mai 1991, vers 4h du matin, un groupe d’anonymes marche dans les couloirs du métro parisien. Ils s’en vont recouvrir, entre deux rondes de vigiles, la station considérée comme la plus belle de Paris, Louvre-Rivoli, sur la ligne 1 du métro. Elle abrite de nombreuses copies des statues antiques grecques et égyptiennes du musée du Louvre. Bien trop propre, créée pour faire de l’art une marchandise en vitrine, qu’on observe sans pouvoir toucher. Au goût de ces tagueurs, cet art manquait sans doute un peu de vie et a effectivement regagné toute sa puissance lorsqu’ils ont entièrement recouvert les murs et les statues de tags en tout genre. Notamment « Qui sème le vent récolte la tempête ! », clairement adressé à la RATP qui depuis la fin des années 80 en avait marre de voir ses stations et ses rames de métro recouvert de tags et venait quelques mois auparavant de lancer une grande campagne contre les dégradations. La création de nouveaux vigiles armés, les GIPR (Groupe d’intervention et de protection des réseaux), et la promesse de faire payer cher ceux qui profitent de la nuit pour redonner quelques couleurs au métro. Contrairement à aujourd’hui où ce genre d’annonce est devenu banal et ne donne lieu à aucun retour de flamme, il y avait dans le début des années 90, des personnes pour qui le graffiti n’était pas du street art qui cherchait à se faire une place dans les galeries d’art. C’était un mouvement intrinsèquement contestataire, lié au Hip-hop, et qui identifiait pertinemment l’ennemi des balades nocturnes colorées et de la liberté : la police, l’ordre, la sécurité, la propreté, le gentil citoyen. Le lendemain du crime, tous les médias se rendent sur place et l’on retrouve aujourd’hui encore des archives de ces reportages où les journalistes et les bourgeois du centre de Paris s’offusquent de ces bandes de barbares qui s’attaquent à notre patrimoine ! Malheureusement, un journaflic passionné par le monde du graff fait ses recherches et retrouve les trois personnes qui ont fait ces tags et sort un reportage qui sert aux keufs, après quelques temps de mises sur écoute et d’enquête, à les arrêter. Un mois de détention préventive, pour la punition, puis des peines de prisons avec sursis et des lourdes amendes. La RATP a ensuite installée progressivement des caméras dans les stations, puis dans les rames (jusqu’aux 50 000 caméras aujourd’hui qui quadrillent le réseau Bus/métro/RER). Heureusement l’année suivante, la station est à nouveau vandalisée.
La même année, en 1992 donc, dans une époque où la propreté semble être une obsession pour toutes ces bonnes gens, un groupe de scouts des Éclaireuses et Éclaireurs de France s’en vont faire leur bonne action de la journée. Marre de voir des murs sales, recouverts de graffitis en tout genre, eux préfèrent le béton bien lisse qui ne dit rien, les publicités, les affiches de campagnes électorales et les annonces de la mairie qui organise une fête des voisins super sympa samedi prochain ! Ils vont donc à 50 mètres de profondeur dans une grotte dans le Tarn-et-Garonne, la grotte de Mayrière supérieure, s’assurer qu’un vandale n’a pas osé dégrader la roche. Ils nettoient des graffitis noirs, qui s’avéreront être en réalité des peintures pariétales du Solutréen, au Paléolithique supérieur, représentant deux bisons magistraux sur deux mètres de long, découverts 40 ans auparavant. Peut-être peint par des Homo Sapiens qui, à la lumière de leur chandelle, bravaient l’interdiction de leur clan de peindre sur ces belles parois.
Il n’y a rien de plus mort et résigné qu’un mur blanc. Ils veulent rendre ce monde lisse et apathique et réserver l’Art aux Musées, au Génie Artistique et aux Grands Hommes, mais la beauté se trouve dans le conflit, dans la lutte, dans le refus, à la portée de tout le monde. La sécurité, l’ordre et la civilité sont des poisons, vive le vandalisme !
Anticonstitutionnellement et alors ? Perspectives de lutte contre les frontières
Depuis quelques années, l’air devient irrespirable. À chaque fait divers, meurtre ou viol impliquant une personne sans-papier ou d’origine étrangère, tous les médias en font la une et tous les politicards appellent à un sursaut de l’Etat. Une OQTF pas appliquée ? Inacceptable !! Un migrant qui aurait dû être expulsé, l’Etat a failli dans son devoir de protection du peuple français ! Encore, lors des émeutes de juillet 2023, on entendait ici et là ceux qui pointent du doigt les immigrés comme responsables de la révolte qui a secoué la France. Depuis, les groupes d’identitaires et autres néo-nazis grandissent un peu partout, à Lyon, à Paris et dans de nombreuses villes, rêvant d’importer les émeutes racistes qui ont eu lieu en Irlande début novembre ou d’il y a quelques années en Allemagne, lors des émeutes à Clausnitz. Ce qui s’est passé après Crépol représente une tentative qui n’a pas pris et où « Gros Lardon » et ses amis se sont ridiculisés. Le gouvernement surfe sur la vague raciste qui monte et qui fantasme ce pays de merde pour renforcer le pouvoir des flics aux frontières et des juges, et pond la loi « Asile & immigration ». Une loi xénophobe qui prévoit un virage encore plus strict dans la gestion de l’immigration : quotas migratoires, fin de l’automaticité du droit du sol, régularisation des sans-papiers seulement dans des « métiers en tension », durcissement de l’accès aux prestations sociales pour les immigrés et des conditions du regroupement familial, rétablissement du délit de séjour irrégulier et une facilitation de l’éloignement des étrangers considérés par l’Etat comme représentant « une menace pour l’ordre public ». Le texte a été censuré partiellement par le Conseil Constitutionnel pour un certain nombre d’articles, notamment ceux qui concernent les quotas migratoires, l’accès aux prestations sociales et au regroupement familial, la réforme du droit du sol et le délit de « séjour irrégulier » : pas de grande surprise et cela ne change rien à la nécessité de lutter contre ces foutues frontières, que ce Conseil Constitutionnel n’abolira jamais. La droite et l’extrême-droite réclament d’ailleurs déjà une réforme constitutionnelle pour pouvoir faire passer ces mesures dans le futur, alors que la loi a été promulguée dans la foulée.
De l’autre côté du Rhin, en novembre 2023, une réunion réunissait des pontes de l’extrême-droite allemande, autour du parti AfD et autres néo-nazis, pour parler projet de « remigration », incluant une expulsion des étrangers ainsi que des allemands d’origine étrangère. Le fantasme des militants Reconquête ou autres fachos ! L’annonce de cette réunion secrète, rendue publique, engendre une grande réaction de la part des partis démocrates qui ont appelé à de grandes manifestations. Bien sûr, ce genre de lois, si elles étaient appliquées, serait un gros bouleversement. Mais est-ce que ça n’aurait vraiment rien à voir avec ce monde de merde ? Pourquoi les mêmes partis politiques qui s’indignent en Allemagne sont peu ou prou les mêmes qui vont voter la loi Immigration en France ? En France, à quel point la loi Immigration va intensifier des dynamiques déjà présentes auparavant ? Il ne s’agit pas de minimiser ce qui s’est décidé, qui représente un pas nationaliste et xénophobe de plus, mais plutôt de voir en quoi il s’agit d’une continuation de la même volonté de contrôle, de gestion, de tri et de sécurité. Assimilation, intégration, insertion, ou expulsion : toujours le même vocabulaire pour voir dans l’altérité et l’étranger un ennemi, un danger.
Par ailleurs, les raisons pour lesquelles les partis de gauchistes s’opposent à cette loi sont douteuses, pétries d’un intégrationnisme nationaliste et méritocratique que nous connaissons bien. Faut-il que les sans-papiers soient des héros pour avoir le droit de rester à l’intérieur des frontières sans vivre sous la pression constante des keufs ? Faut-il qu’ils soient heureux et reconnaissants d’avoir le privilège de travailler en restauration, à l’usine, dans le BTP, ou à l’hôpital pour être sûrs de ne pas risquer la taule et l’expulsion ? Le travaillisme et le paternalisme les plus crasses sont encore bien trop ancrés dans les discours et dans les pratiques qui prétendent s’opposer à cette loi. Faut-il rappeler ici que c’est cette même gauche réformiste qui a finalisé la création des CRA en 1981 ou qui a légalisé la rétention des familles en 2016 ? Mi-janvier, une partie de la gauche syndicaliste et associative (SINGA, CGT) a fait preuve, encore une fois, d’un paternalisme dégueulasse en proposant une manifestation (celle du 21 janvier) sans se concerter avec les collectifs de sans-papiers, et en laissant de côté certains mots d’ordre en raison de désaccords politiques. Ces désaccords portaient sur l’inscription dans l’appel de la nécessité de la régularisation de tous les sans-papiers et de l’abolition des frontières… Le communiqué conjoint de plusieurs collectifs de sans-papiers d’Île-de-France a fustigé à juste titre cette démarche paternaliste et a rappelé la nécessaire et essentielle question de l’auto-organisation dans la lutte, dans des formes adaptées aux situations de chacun !
Auto-organisation et solidarité contre la machine à expulser
La lutte contre les frontières, du point de vue révolutionnaire, est une question centrale. La frontière est l’un des piliers de l’Etat qui fonde l’identité nationale, le peuple, l’armée.
Mais comment lutter contre une loi en dehors des échéances légales ? Les textes de lois ne s’appliquent pas par le simple fait d’exister sur le papier. Les juges condamnent en sachant qu’ils ne peuvent pas envoyer en prison de manière illimitée, les flics arrêtent en pensant au nombre de places dans leurs cellules de garde à vue, les profs savent qu’il n’y a pas plus de 4 coins dans une salle de classe. Pareil pour les CRA (centre de rétention administratif), pour les avions qui expulsent, pour les flics aux frontières, etc. Or, depuis des années, tous les gouvernements cherchent à augmenter le nombre de flics, le nombre de prisons, le nombre de CRA, dont une dizaine sont en construction en France en ce moment même. Il est donc urgent d’investir les luttes qui existent et existeront contre la construction de nouvelles taules, contre les rafles et les expulsions, contre les collabos qui balancent ou exploitent les sans-papiers.
Le 22 juin 2008, un incendie ravage le CRA de Vincennes, qui brûle plusieurs bâtiments, suite à une révolte de sans-papiers enfermés à l’intérieur. Après cet incendie qui, en plus d’avoir permis de nombreuses évasions, a fait fermer le CRA pour plusieurs mois, les rafles se sont faites moins courantes dans les rues de Paris, tout simplement parce qu’il n’y avait plus assez de places pour enfermer les gens avant de les expulser ! Par la suite, de 2008 à 2013, une lutte qui touche la France, mais aussi la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, voit la solidarité avec les sans-papiers grandir sous la forme de sabotage divers (DAB, voitures, agences cassées et taguées…), de manifs de soutien devant les CRA et de « balades » contre les collabos de la machine à expulser (banques, Croix-Rouge, BTP, intérims…) et d’occupations de bâtiments.
Cela s’inscrit dans une certaine histoire des luttes : quelques années auparavant, de 1996 à 2005, les aires autonomes s’auto-organisaient sur un même terrain de lutte que les collectifs de sans-papiers, sous forme de collectifs (Collectif Papiers Pour Tous en 1996 puis Collectifs Anti-Expulsions en 1998) et intervenaient de diverses manières contre l’enfermement et les expulsions de sans-papiers (campagnes d’attaques contre ceux qui participent à la machine à expulser, opposition à la construction de nouveaux CRA, interventions aux aéroports et dans les gares pour empêcher les expulsions).
Comme ces exemples le montrent, il est vital pour l’offensivité des luttes d’être capables de dépasser la position de « soutien » ou d’ « alliés » que d’aucuns voudraient faire la seule manière de lutter sur la question de l’enfermement et des expulsions de sans-papiers, une position qui ne mène au final qu’à l’attentisme et au paternalisme. Il est tout à fait possible, et essentiel, de s’auto-organiser en prenant en compte les différences de situation, qui concernent ici la détention des bons papiers ou non. L’autonomie et l’auto-organisation des sans-papiers se sont construites sans – et même contre – la gauche qui les infantilisait depuis des dizaines d’années… Que cette dernière reste à sa place naturelle et pitoyable, en « soutien », à la traîne des mouvements, à essayer de vendre sa soupe démocrate ! À nous révolutionnaires de nous organiser ensemble, pour être réellement solidaires des collectifs de sans-papiers, et lutter concrètement et offensivement contre la machine à expulser.
Étrangers, ne nous laissez pas seuls avec les Français !
Les révoltes des enfermés des CRA sont courantes et devraient être accompagnées d’une grande solidarité par le mouvement, de même que les évasions, comme celles qui ont eu lieu le soir du 24 décembre au CRA de Vincennes où 11 personnes ont pu retrouver la liberté ! Le soir du 31 décembre dernier, 12 personnes se sont fait arrêter aux abords du même CRA, accusées d’avoir envoyé des feux d’artifices, une pratique courante pour manifester sa solidarité avec celles et ceux enfermés entre quatre murs. Le procès de cette affaire aura lieu prochainement et la solidarité avec les inculpés est primordiale ! De même, un procès aura lieu ultérieurement concernant quatre camarades interpellés lors d’une manif devant le CRA de Vincennes le week-end du 27 janvier.
La lutte contre la loi Asile & Immigration en est encore à ses débuts et il est important de ne pas se laisser guider par un quelconque agenda parlementaire. Ce que nous voulons, la destruction des frontières, l’Etat ne nous le donnera pas. Dernièrement, le mouvement semble se dynamiser : des collectifs de sans-papiers sont en grève et appellent aux actions et aux manifs depuis quelques mois, en janvier des blocus récurrents dans les lycées et les facs suivies parfois de manifs sauvages se sont organisés à Paris, à Bordeaux, à Rennes ou à Nantes. D’autres attaques centrées sur les collabos de la machine à expulser se produisent, comme en décembre 2023 à Paris où l’aménageur A2M, qui propose des plans pour les CRA, a vu ses vitrines étoilées et redécorées, ou dans le Calvados en janvier, où la compagnie d’avions Chalair qui fournit des avions à la PAF pour des expulsions, a été taguée. Il est grand temps d’accélérer la dynamique en s’attaquant aux rouages de la machine à expulser et en s’affranchissant du cadre de la gauche qui voudrait tempérer et maîtriser notre colère à tous.
Pour la destruction des frontières et la liberté pour tous, avec ou sans papiers !

