Rentrée des fous

Les syndicats, lécheurs de botte du pouvoir dans absolument tous les pays, n’ont pas hésité une seule seconde en Angleterre à s’aplatir devant la mort d’une vieille bigote chrétienne du nom d’Elizabeth II, alors qu’ils étaient en pleine grève massive depuis la fin du mois d’août. Hop hop hop, deuil national, comme si les révoltes qui grondent contre le coût de la vie devenu insoutenable devaient s’arrêter devant le seuil du pouvoir et de la royauté pour permettre de grands banquets paisibles aux héritiers du Vieux Monde et de l’ordre pourri. Mort au roi, mort à la reine, mort aux capitalistes et puis surtout, mort aux syndicats, qui n’auront pas hésité à appeler à la lâche trêve. On espère bien que la lutte outre-manche contre la vie chère et misérable ne va pas aller en s’arrangeant, et qu’elle aura tôt fait de menacer de s’étendre, et peut-être même, de dégénérer…
Avant de larmoyer « La paix sociale sous deuil national est de retour ! », le secrétaire général du syndicat Maritime and Transport déclarait « La classe ouvrière est de retour ! ».
A-t-elle un jour disparu ? Le prolétariat se constitue dans la lutte. A-t-il jamais cessé de trimer, de lutter ? Pour que la lutte s’approfondisse, il est plus que vital que ce mouvement social déborde et échappe aux logiques de l’organisation syndicale !
Vite, que le règne de Charles III et de ses amis les syndicats se termine sous les feux de la lutte !
Moi aussi, j’ai bien envie de ne pas aller à l’école, de ne pas aller travailler, de ne pas payer de loyer, de ne pas payer mes factures, de ne plus rien payer du tout. La vie est trop courte pour baisser ma lourde tête devant la lourde bêtise des professeurs et des patrons. À la rentrée, je veux faire la sauvageonne dans la rue, et comme il me plaira, n’en déplaise aux syndicats qui, toujours, encadrent, empêchent, négocient.
Ne travaillons plus, ne payons plus : dans la rue ! La vie est trop courte !

OUI ! OUI ! Une rentrée des fous, s’il vous plaît
Il y en a marre de la rentrée des classes. Voilà l’autoproclamation de la création d’un autre temps, qui ne soit ni celui de l’école, ni celui du travail, mais celui des manifs ! L’autoproclamation des temps des révoltes et des sorties des classes. Pour que toutes les voix cassées par le capitalisme, par les autorités et les élites, sortent des bancs des classes bien rangées !
Pour la sortie des classes, de toutes les classes, sociales, scolaires, biologiques et pour la rentrée des fous-les !
Cette année à la rentrée, c’est non aux maîtres, aux bienfaiteurs, aux protecteurs, aux autorités, aux dictateurs de la bonne pensance, à l’apprentissage forcené et aliénant et surtout non aux leçons longues et infernales qui se répètent et qui donnent la nausée. Voilà l’autoproclamation d’une rentrée de l’assemblage des forces en lutte et de l’accouchement d’émancipations nouvelles.
Contre les savoirs qui s’accumulent et qui pourrissent dans les universités, les écoles et les lycées. Tous les savoirs vides et poussiéreux qu’on apprend par cœur sans bien savoir pourquoi. Mais aussi tous les cachets qu’on va prendre pour oublier la routine étouffante, le conditionnement organisé qui nous envoie la tête baissée au métro, au travail, qui nous vident la tête et le corps, qui vident de tout rayon de joie et tout rayon de vie.
A la rentrée, je dirai non avec la tête, je ne parlerai pas d’autre langue que celle de Prévert !
Déjà marre des demis dieux de profs qui ne font que s’écouter parler. Déjà marre du travail, de la machine à café, des bibliothèques. Marre par avance des employeurs, des mêmes gestes, de toutes ces semaines à venir de trajets répétés, des compétitions pour la meilleure note ou pour le meilleur poste. Nous voulons la création d’un autre temps, qui ne soit ni celui de l’école, ni celui du travail mais celui des manifs, des ag et de la rue, le temps marqué par toutes les grèves et tous les incendies possibles ! Ce qu’il reste de vie, en classe, ou au travail : reprenons les ! Ce qu’il reste de rentrée, ce qu’il reste de vie, n’est que lutte, n’est que révolte !

« On se rend maintenant très bien compte, à l’aspect du travail – c’est-à-dire de ce dur labeur du matin au soir – que c’est là la meilleure police, qu’elle tient chacun en bride et qu’elle s’entend vigoureusement à entraver le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car le travail use la force nerveuse dans des proportions extraordinaires, et la soustrait à la réflexion, à la méditation, aux rêves, aux soucis, à l’amour et à la haine, il place toujours devant les yeux un but minime et accorde des satisfactions faciles et régulières. Ainsi, une société où l’on travaille sans cesse durement, jouira d’une plus grande sécurité : et c’est la sécurité que l’on adore maintenant comme divinité suprême ».
Nietzsche

Christianophobie

En juin dernier de l’an de grâce 2022, la Cour suprême des Etats-Unis a permis à ses états membres d’interdire l’avortement, ce qui a immédiatement été appliqué au Missouri, fer de lance de la lutte contre le fléau hérétique que cette pratique représente. En Espagne, terre de foi et de piété, des manifestations « pour la vie » ont été organisées en soutien à cette décision, s’opposant à la prochaine réforme du gouvernement socialiste en la matière. En France, récemment, un jeune s’est fait condamner par la justice pour « préjudice moral », pour avoir bougé en rythme son fessier (ainsi jugé aguichant et tentant par les autorités pénales et religieuses) au sein d’une église. Il subira également un harcèlement méticuleux de la part de quelques religieux blessés (et donc, quelque part, tentés) et autres nostalgiques de l’époque de l’Inquisition catholique. Loin de provoquer notre indifférence, ce climat de sainteté nous pousse (peut-être sous la pression du Malin) à rappeler quelques faits notoires : Dieu est mort, la Vierge aurait peut-être mieux fait d’avorter et Jésus n’était qu’un barbu parmi tant d’autres. « Blasphème ! Hérésie ! Christianophobie ! Enfer ! ». Doit-on aussi rappeler que l’Enfer et le Paradis ne sont que des épouvantails servant à effrayer les gens qui les regardent ?
Dieu est une belle saloperie, qui aura coûté la vie et la liberté de plus de gens qu’il n’est possible de se le représenter. Et il faudrait s’interdire de lui cracher à la gueule, au nom de gens qui mettent leur conscience entre nos crachats et son divin visage ?
Si Dieu est intouchable à cause du fameux respect du prochain, qu’en est-il de la nation que nous souhaitons si chèrement abattre ?

Produits Marquants Codés

Les techniques de surveillance et de répression ne cessent de se perfectionner. Depuis les miradors, l’éclairage public, le bertillonnage, le pointage, la carte d’identité, la graphologie, le polygraphe, les empreintes digitales, l’ADN, la reconnaissance de l’œil, les caméras de vidéosurveillances, les badges, la reconnaissance faciale, les détecteurs de bruits anormaux, les drones, rien n’arrête la Smart City, l’avenir de toutes les grandes métropoles si nous n’y faisons rien. Pour compléter cet arsenal répressif déjà bien étoffé, la police peut compter sur les centaines de start-ups qui travaillent dur pour trouver de nouveaux moyens de faire peur et de mater toute révolte. Une des dernières expérimentations se trouve du côté du maintien de l’ordre, mais déjà utilisée depuis plusieurs années contre les cambriolages de commerces. Les Produits Marquants Codés (PMC) sont des produits chimiques invisibles à l’œil nu, inodores, et non toxiques qui sont utilisés pour marquer des individus à un moment où il n’est pas possible de les arrêter, et de les contrôler quelques heures ou quelques semaines plus tard (suivant le type de PMC), prouvant par la trace de ce produit, visible à la lumière UV, la présence d’une personne à un endroit et à un moment. Cette technologie anticasseurs, appliquée aux manifestations, était déjà promise par le ministre de l’intérieur Christophe Castaner en mars 2019 face à l’explosion du mouvement des gilets jaunes. Bien sûr, l’Assemblée nationale précise qu’il s’agit d’un produit qui ne peut être utilisé « que sur des manifestants commettant des délits ». Etant donné le moyen, parfois les canons à eau ou les gaz lacrymogènes, cela signifie donc que les flics peuvent décider qu’une partie entière est composée de délinquants, et que l’autre non. La direction nationale de la gendarmerie précisait, en 2021, dans le rapport de l’Assemblée Nationale, que « des études sont actuellement en cours quant à l’utilisation des produits de marquage codé au rétablissement de l’ordre, via un marqueur à distance individualisant longue portée, capable de tirer des billes frangibles de PMC ». C’est certainement ce qui a été vu utilisé en mars 2022 par les gendarmes lors des manifestations dans les Deux-Sèvres contre le projet des méga-bassines, sous la forme de balles type paintball. Utilisé aussi, le même mois, en Corse durant les manifestations suite à la mort d’Yvan Colonna, sous forme de spray.
La peur de la répression fait partie de la répression. Savoir que l’on est surveillé tend à nous paralyser. Les PMC, visibles nous rappelle qu’on est dans le viseur de la police. Les marqueurs invisibles, qui ne prouvent pas un délit mais seulement la présence d’une personne à un endroit, participent aussi à la peur puisque, éventuellement, dans chaque gaz lacrymogène peut se cacher un marqueur, visiblement.
La colère qui gronde ne sera pas arrêtée par des outils techniques. L’intelligence collective d’une émeute, d’un mouvement social, peut mettre à terre tous les drones, peut percer toutes les lignes de flics, détruire tous les palais de justice, rendant ces gadgets inutilisables de fait.

Dans l’ombre

LE VIEUX MONDE

Ô flot, c’est bien. Descends maintenant. Il le faut.
Jamais ton flux encor n’était monté si haut.
Mais pourquoi donc es-tu si sombre et si farouche ?
Pourquoi ton gouffre a-t-il un cri comme une bouche ?
Pourquoi cette pluie âpre, et cette ombre, et ces bruits,
Et ce vent noir soufflant dans le clairon des nuits ?
Ta vague monte avec la rumeur d’un prodige
C’est ici ta limite. Arrête-toi, te dis-je.
Les vieilles lois, les vieux obstacles, les vieux freins,
Ignorance, misère et néant, souterrains
Où meurt le fol espoir, bagnes profonds de l’âme,
L’ancienne autorité de l’homme sur la femme,
Le grand banquet, muré pour les déshérités,
Les superstitions et les fatalités,
N’y touche pas, va-t’en ; ce sont les choses saintes.
Redescends, et tais-toi ! j’ai construit ces enceintes
Autour du genre humain et j’ai bâti ces tours.
Mais tu rugis toujours ! mais tu montes toujours !
Tout s’en va pêle-mêle à ton choc frénétique.
Voici le vieux missel, voici le code antique.
L’échafaud dans un pli de ta vague a passé.
Ne touche pas au roi ! ciel ! il est renversé.
Et ces hommes sacrés ! je les vois disparaître.
Arrête ! c’est le juge. Arrête ! c’est le prêtre.
Dieu t’a dit : Ne va pas plus loin, ô flot amer !
Mais quoi ! tu m’engloutis ! au secours, Dieu ! la mer
Désobéit ! la mer envahit mon refuge !

LE FLOT

Tu me crois la marée et je suis le déluge.

Victor Hugo

MORT AUX DICTATEURS ET A LA POLICE DES MŒURS !

Depuis la mort de Mahsa Amini, les femmes en Iran brûlent leurs voiles, dévoilant au monde entier le beau spectacle d’individus révoltés. Arrêtée pour un de ces prétextes arbitraires dont la Gasht-e-Ershad (police des mœurs chargée d’appliquer entre autres les règles de tutelle religieuse des femmes) est coutumière, la jeune femme a subi des mauvais traitements qui l’ont tuée. Il ne s’agit pas d’une simple affaire de « bavure policière ». Des manifestations ont lieu à Saqqez, à Sanandaj, mais aussi à Téhéran, et dans une quarantaine d’autres villes depuis cinq nuits de suite. Partout on entend “Mort à la République islamique !”,“Mort au dictateur !”. Sa mort intervient dans un contexte de répression générale qui pèse sur tout l’Iran. Elle est la goutte d’eau qui fait déborder la colère sociale s’étant exprimée toutes ces dernières années.

Plusieurs mouvements de contestations ont eu lieu depuis la réélection (truquée) d’Ahmadinejad en 2009. Mais c’est avec l’élection (truquée là encore) de Rohani et les mesures d’austérité qui l’ont accompagnée en 2017 que les mouvements de révoltesont pris un tour violent, malgré une tentative de la part de l’opposition officielle d’en prendre le contrôle. Ce sont des jeunes ouvriers et des chômeurs, ce sont des jeunes femmes luttant pour leur liberté qui se soulèvent non simplement contre les mesures du gouvernement, mais contre le régime théocratique et dictatorial lui-même.
Deux ans plus tard, en 2019, les actions des révoltés ont pris l’allure d’une lutte arméeet en armes, avec des incendies de banque par tout le pays, des sabotages de raffinerie dans des contextes de grève sauvage et fait inédit – l’attaque de bases bassidjis (branche paramilitaire des « Gardiens de la Révolution islamique » (sic) placée directement sous l’autorité de l’ayatollah Khamenei). La répression a été féroce : 7000 arrestations d’individus dont on arrache des aveux sur leurs actions, 234 personnes tuées en tout, 3 500 blessés, 7000 personnes avaient été arrêtées. Le régime des Mollahs a envoyé sa police tirer sur les manifestants. Une fille âgée de dix ans a reçu une balle dans la tête à Bukan. Et le gouvernement a coupé Internet et instauré une censure vis-à-vis des médias extérieurs pour qu’on ne sache rien de tout ça…
C’est fort de toute cette colère, fortifiée d’ailleurs par les pénuries d’eau durant les étés (imputées à tort au réchauffement climatique par le gouvernement, alors qu’elle est le fait d’une « mafia de l’eau » composée de grands propriétaires qui la détourne massivement pour leur propre profit) et les pénuries alimentaires dans les diverses provinces, — c’est fort aussi de toute l’expérience de la répression que ce mouvement quinquennal de révoltes devient insurrectionnel aujourd’hui et laisse la police et l’armée momentanément désorganisée. Pour combien de temps ? D’autre part, si le mouvement est sans leader pour l’instant, la possibilité que des organisations en prennent le contrôle pour les plier à leur propre agenda politique n’est pas exclue.
Quelles sont les forces qui risquent de récupérer le mouvement ? Comment les endiguer ? Certaines organisations politiques nationalistes qui ont été écartées de la Révolution islamique de 1979 repointent le bout de leur nez, tel la CNRI/OMPI (Conseil National de Résistance iranienne composée pour l’essentiel des militaires sectaires de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple Iranien). D’autres organisations, plus récentes, luttent en régionalistes face à l’ « occupant » iranien. Le KDPI (Parti démocrate kurde en Iran) et le Komala (parti social-démocrate) récemment alliés et en concurrence avec le PKK pour le projet d’une révolution dans la région qui aboutirait à un État fédéral et multi-confessionnel appellent à la lutte contre les forces de l’ordre iraniennes par tous les moyens.
En somme, c’est la tentation d’une révolution encore nationaliste qui pèse sur l’Iran, révolution qui se fera au détriment des révoltés de là-bas comme d’ailleurs — révoltés qui savent que la répression qu’ils subissent déjà et subiront inévitablement dans un tel contexte a peu à voir avec leur appartenance ethnique ou religieuse, tout comme les raisons qui les ont précipité sur les barricades à visage et chevelure découverts, la rage au ventre.
Quelles perspectives révolutionnaires pourraient se dessiner au sein de ces insurrections ?
Comment faire en sorte que ces incendies, ces actes de sabotage et de tabassage de flic trouvent un écho dans les autres pays, comme par exemple chez les libanais qui braquent les banques pour survivre ou les étudiants grecs qui manifestent pour que les condés n’aient pas place dans leur fac ? Comment faire en sorte que ce qui se passe en Iran ait un écho en France ? Ici, ça représente d’autant plus une gageure qu’on assiste à d’étranges atermoiements de la part de militants qui, par anti-impérialisme, s’abstiennent de dire quoi que ce soit sur la situation en Iran. Un silence assourdissant sur les mouvements de révoltes, rompu çà et là par de vagues allusions à l’insidieuse influence occidentale que subit le régime des mollahs et qui justifierait une certaine réserve… Bref, on rejoue la partition manichéiste et proto-complotiste d’un choix entre deux camps (grosso-modo Israël ou les USA vs l’Iran) en fermant délibérément les yeux sur un mouvement dont la spontanéité ne fait aucun doute.
Comment se solidariser avec ces femmes et ces hommes qui ont décidé de lutter contre leur quotidien et contre les pouvoirs en place sans tomber dans les pièges du manichéisme et du démocratisme ?
Car ici aussi, nous devons nous méfier de toute forme de récupération politicienne, qui ne voit dans ces soulèvements qu’une occasion de plus de sortir leur soupe stérile des fameux « débats sur voile » (qui ont lieu à gauche chez les meilleures féministes réformistes comme à droite chez les conservateurs réactionnaires).
Il est plus que nécessaire de réaffirmer et consolider une solidarité internationale et d’être à la hauteur de celles et ceux qui luttent en mettant leur vie et leur liberté en péril.
Vite ! Rencontrons-nous pour que ce mouvement en Iran ne soit ni isolé, ni asphyxié par les pouvoirs !
Afin qu’on ne puisse plus interposer entre les révoltés de tous les pays les voiles identitaire qui nous maintiennent dans l’ignorance de notre force collective et de la perspective internationaliste qui peut la rendre concrète,
SOLIDARITÉ TOTALE AVEC LES INSURGES ET MORT A LA THEOCRATIE IRANIENNE !

Sur le Liban

Texte reçu par mail

J’ai voulu écrire un texte sur Ô combien les libanais étaient des gens animés par un esprit révolutionnaire puis je me suis souvenue que cela fait désormais 4 ou 5 ans qu’ils ne peuvent accéder à leur argent et qu’il n’y a pas de mouvement de masse pour faire flamber toutes ces banques. 4 ou 5 ans que ponctuellement des gens cassent des vitres par-ci par-là pour avoir leurs thunes et une révolution en 2019 qui s’est essoufflée en quelques mois. La place du parlement est toujours barricadée comme si la révolution s’était déroulée hier ou comme si elle allait arriver demain. La place des martyrs pue la révolution mais pue aussi le vide. Elle est couverte de tag mais il n’y a personne. Le présent ici c’est le rien. Les gens suffoquent. Le feu de l’explosion sur port n’est toujours pas éteint. Les gens crèvent, ça pue la pollution et la fumée qui continue de s’échapper du port est toxique.L’atmosphère est tendu. Les gens sont coincés là, entre des villes chrétiennes, musulmanes et des villes tenues par le Hezbollah. Après quelques jours ici, ce que je vois ce sont des gens qui attendent une nouvelle guerre pour pouvoir se casser de cet enfer en obtenant un statut de réfugié politique. Ils sont à deux doigts de prendre des bateaux pour sortir d’ici. Ils sont au milieu d’un néant qui se consume sur lui-même mais une brindille qui prendrait feu pourrait vite devenir un brasier.

Dans un précédent article…

Dans un précédent article, nous avons affirmé l’urgence d’un internationalisme antimilitariste au moment où la guerre en Ukraine venait d’être déclarée (« Perspectives internationalistes en temps de guerre », n°2). La récente décision de Poutine de mobiliser la population civile russe dans sa guerre infâme et son intention déclarée d’utiliser l’armement nucléaire ne fait que rendre cette urgence plus concrète qu’elle ne l’est déjà. L’oukase signée par le tyran botoxé est d’autant plus abjecte qu’elle garde secrète – un secret de polichinelle pour tous les russes – une clause : la mobilisation de la population carcérale russe, ce qui est un moyen de (re)mettre plus vite en première ligne les réfractaires et les déserteurs !
Jusqu’alors, on brûlait en Russie des comicos et des centres de recrutement, tandis qu’en Biélorussie on sabotait les lignes de chemin de fer qui permettent l’approvisionnement militaire. Les flammes antimilitaristes doivent plus que jamais s’intensifier dans ce contexte, et la solidarité entre révolutionnaires s’affirmer !

Mauvais Sang numéro 3 / Édito

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Depuis la fin du deuxième tour des élections présidentielles, l’illusion du bienfait de la gauche au pouvoir semble encore (et toujours) survivre sous la forme de la NUPES, du fameux troisième tour social, qui vient concrétiser la fameuse convergence des luttes que tout le monde semble avoir à la bouche, pour une négociation de meilleures conditions d’exploitation. Et pendant ce temps, pendant que les professionnels du sujet continuent leurs carrières dans la récupération de la colère, partout on raque, partout on pourrit en cellule, partout on crève et partout on en a marre. La police, de gauche ou de droite, fait et va continuer à faire son sale boulot en protégeant l’Etat et le capitalisme, avec sans cesse de nouveaux moyens, comme récemment la possibilité de récupérer les empreintes des gardés à vues sous la contrainte, c’est à dire sous les coups de pieds et de Taser. Mais c’est aussi un mouvement d’occupation à l’encontre des élections présidentielles qui a surpris tout le monde durant ce printemps, avec l’occupation de la Sorbonne puis d’autres bâtiments universitaires, en parallèle de nombreux blocages de lycées, et même si ce mouvement ne survit pas aux pressions policières, salariales et syndicales, il sera quand même venu nous rappeler que s’organiser largement et offensivement est à notre portée et que nous devons jeter nos forces dans son dépassement et dans son amplification. Nous ne pouvons qu’espérer que l’espoir qu’il a fait naître, chez de nombreuses personnes que les classifications sociologiques (étudiants, travailleurs, gilets jaunes, etc.) ne suffiraient pas à comprendre, saura s’exprimer sous de nouvelles formes, et vite.
Parce que nous pensons que les outils de la critique sont autre chose qu’un objet inerte de laboratoire, nous faisons paraître ce troisième numéro de Mauvais Sang dans l’intention de contribuer à ces récentes dynamiques de révolte.
Il est possible de nous contacter par mail, que ce soit pour entrer en conflit, pour poser des questions ou autres contributions. Il est aussi possible que nous vous contactions, que ce soit pour entrer en conflit, pour poser des questions ou autres contributions.
Des enfants bâtards de l’anarchisme et du communisme

Prise d’empreintes sous la contrainte, refus collectif et vengeance

Le 14 mai 2022, à Paris, dans le commissariat du 5ème arrondissement, quatre gardés à vue pour des motifs différents (deux pour stup et deux pour intrusion et dégradation) se sont retrouvés, depuis la même cellule, à partager une situation et un refus commun et à s’entre-aider pour maintenir ce refus : celui de donner ses empreintes. Toutes les raisons sont bonnes d’empêcher un fichage. Depuis janvier, en plus d’être un délit, le refus de donner ses empreintes peut exposer à devoir lutter contre la force, le procureur pouvant demander une prise « sous la contrainte » effectuée par l’OPJ et d’autres flics. Ce n’est pas systématique : le jour même, dans d’autres cellules, plusieurs personnes sont sorties de GAV sans avoir donné leurs empreintes.
Il s’agit encore d’une zone inhabituelle autant pour les flics que pour nous : jusqu’où peuvent-ils, vont-ils aller dans l’usage de la contrainte physique ? Jusqu’où allons-nous résister ? Que peuvent faire les baveux pour faire leur travail de bataille juridique afin de s’impliquer dans la contestation de cette modification récente de la loi, grâce aux occasions que nous leur offrons ?
Maintenant que l’on sait que la prise d’empreinte sous contrainte peut avoir lieu (ce n’est pas la première ni la dernière fois), essayons de réfléchir aux manières d’entraver coûte que coûte, individuellement comme collectivement, ce processus. Le récit qui suit est une manière de contribuer à cette réflexion, afin que nous puissions tous avoir en tête des récits de refus d’obtempérer qui ont pu marcher (ou, à l’inverse, pour comprendre ce qui n’a pas fonctionné, etc). Crier et s’énerver, ça peut fonctionner…et surtout, surtout ça peut marcher collectivement. Le refus des uns aide les autres. Alors aidons-nous les uns les autres et refusons la signalétique.
Ainsi, dans le commissariat du 5ème, il y a peu de temps :
« La sale merde que l’institution appelle OPJ convoque un par un les récalcitrants et les informe dans son petit bureau que la police va réaliser une prise d’empreinte « sous la contrainte », sur demande du procureur. Cette formulation qui ne veut rien dire impressionne. Tout de suite celui qui était là pour stup prévient les flics et ses co-gardés à vue qu’il est prêt à tout pour ne pas les donner. Alors que tout le monde somnole, les voilà : l’OPJ et un policier ouvrent la porte et lui disent de venir, peut-être pour mater le plus vite possible le plus véhément. Il refuse de les suivre et ils le tirent hors de la cellule, sous une pluie d’insultes et de menaces. Les autres l’entendent hurler et la peur s’installe. Il revient, torse nu, le pantalon baissé, tremblant de rage, et il raconte. Entre les « fils de putes » et les « Je vais les trouver dans le quartier pour les tuer », il dit qu’il a réussit à ne pas donner plus que les doigts de la main droite, et mal, c’est à dire ni la paume, ni le côté des doigts, ni rien de la main gauche. Une victoire, à quel prix ? Tête écrasée sur le sol, puis clef de bras sur le bureau en métal, coups de genoux et de poings dans le coxis, doigts tordus, pas mal de frayeur et un sentiment d’humiliation qui donne l’envie de se venger « sans proportionnalité », comme dirait un porc. Pas de coups de Taser pour cette fois. Ils viennent chercher le deuxième, dont c’est la première garde à vue. Après avoir marché jusqu’au bureau de métal, entouré de 6 policiers, ils lui plaquent un Taser à poing dans le dos et le menacent. Ces salauds obtiennent alors partiellement ce qu’il voulaient : les empreintes d’un des trois, avec cette menace de torture électrique.
Retour à la cellule, les flics retournent chercher le dernier qui n’a pas encore donné ses empreintes. Le premier à les avoir données s’implique, il met les matelas et les couvertures sur la porte pour barricader bloquer la porte de la cellule. Sur ses conseils, le dernier met ses chaussettes qui puent sur ses main et se met au coin le plus éloigné de la barricade de fortune. Les flics arrivent, demande que ça se passe sans contrainte. C’est mort : « Allez-y, contraignez moi, pour voir ». Il se fait tirer au sol jusqu’à la salle. Ils sont 6 policiers à l’intérieur. Taser sur les côtes, « 3, 2, 1 … » et puis… rien. Ce ne sont pour l’instant que des menaces, une forme de négociation. Clef de bras, la tête sur le bureau froid, et la contrainte commence. Coups dans le coxis, doigts tordus, mollet écrasé, et 6 coups de tasers sur la cuisse. Les fliquettes, ces sales chiennes, sont derrière et galvanisent leurs collègues. Leur but est toujours que la prise d’empreinte se fasse sans prendre la main de force. Après 5 minutes de cris, ils prennent comme pour l’autre uniquement le bout des doigts de la main droite.
Retour en cellule, haine collective. « La prochaine fois qu’on en a un sous la main, c’est coup de marteau dans la tête direct ». »
Dans ce commissariat, les flics ont laissé tomber la prise d’ADN. La férocité du premier récalcitrant a sans doute aidé à cela, en aidant tous les autres.
Devant cette loi qui ne nous permet même plus de commettre de délits tranquilles, il est plus qu’urgent de trouver de nouvelles stratégies de défense collective : barricader les portes de sa cellules, enfiler des chaussettes puantes sur ses mains, ouvrir et fermer frénétiquement les doigts pour les décourager, crier, se débattre, se recouvrir le visage avec l’encre des empreintes pour ruiner leurs photographies, déchirer les feuilles des empreintes au dernier moment… Tout est encore à imaginer. Inspirons nous de celles et ceux qui, depuis le creux de leurs cellules, ont eu le courage de résister face aux flics.
Et pour finir, si les flics nous humilient et nous contraignent, vengeons-nous ! Et pas seulement individuellement, ça va deux minutes de se faire marcher dessus.

L’occupation de la Sorbonne n’était pas étudiante !

Le mouvement des occupations aura vu émerger une problématique qui s’est fréquemment posée au cours des derniers mouvements sociaux : la convergence des luttes.
Si l’on voulait être caricatural, on dirait que la « convergence des luttes », c’est comme le « troisième tour social » : c’est bien souvent un syndicaliste en AG qui a envie de se faire applaudir après un beau discours et de recruter. La convergence porte l’idée d’un côte à côte : il ne s’agit pas de dépasser les contradictions des luttes spécifiques mais de les faire marcher parallèlement, sans qu’elles ne se touchent jamais ni se rencontrent autrement que lors de cet hypothétique « grand soir » reporté indéfiniment. La « convergence des luttes » n’est jamais atteinte, mais cette idéologie se matérialise en partie sous la forme à laquelle se cantonnent actuellement la plupart des manifestations : chaque collectif se forme en cortège (étudiant, sans-papiers, syndical, etc.) et se retrouve à côté des autres, chacun dans son coin, place de la nation, tous tournés dans la même direction, c’est à dire… place de la Bastille, et puis voilà. S’opère ainsi un calcul infinitésimal, consistant à additionner les moindres différences, et qui n’aboutit à rien. Nous gagnerions sans doute à quitter ces cloisonnements folkloriques que de les rejoindre en ajoutant une carotte de plus à la soupe militante, si nous voulons envisager le dépassement inventif et offensif des mouvements sociaux. Sinon, la où cette idéologie s’épanouit, et la où elle a bien une chance de faire quelque chose aujourd’hui, c’est dans l’opposition parlementaire à Emmanuel Macron par la NUPES. Léninisme, convergence, 3ème tour social, et démocrate, et nous voilà repartis pour toujours la même merde modérée attentiste et gauchiste. Sortons de la convergence, dépassons, et vite.
La « convergence des luttes » ne désigne que ce moment de rencontre entre plusieurs parties (ou plutôt leurs représentants) qui défendent leurs intérêts propres. Cette dynamique, celle de la sectorisation est, à terme, sclérosante, et contribue à récupérer puis à tuer les mouvements de révolte. Lorsque, au nom de la « convergence des luttes », quelque organisation envoie le représentant des étudiants parler au représentant des migrants, cela ne fait pas que les étudiants et les migrants luttent ensemble pour une vie meilleure, cela permet simplement qu’à certains moments définis, des personnes d’un des deux groupes « soutiennent », plus ou moins de loin, la lutte de l’autre. Cette position de retrait empêche les mouvements de prendre de l’ampleur et ne sert qu’à produire un jeu similaire à celui des partis et des syndicats venus massifier et encarter.
Alors, comment lutter ensemble, sans tomber dans le piège de la posture de soutien facile ? (On ne sait que trop bien comment les élus « soutiennent » les manifestations, ou comment les chercheurs et professeurs émérites « soutiennent » les occupations, à condition qu’elles ne débordent pas trop trop, qu’elles se maintiennent dans les limites de la simple contestation revendicatrice !)
Comment prendre part à une lutte sans appeler à rejoindre la sienne ? Comment faire que « sa » lutte devienne l’affaire de tous ceux qui souhaitent lutter, et qui, chaque jour, se révoltent contre ce monde, contre leur travail et leurs salles de classe ? Comment, dans un mouvement, se laisser dépasser par les initiatives venues de « l’extérieur » de son organisation et de son collectif ?
S’il n’est pas de réponse pré-établie à ces questions, il nous semble que c’est bien dans la curiosité active de ce qui est proposé lors des moments d’organisation collectifs et dans la vigilance combative face aux initiatives qui souhaiteraient prendre le pouvoir au sein de ces instants, que des pistes de réflexions et d’actions peuvent s’ouvrir.
Il est important de garder à l’esprit que toute lutte porte en soi un commun avec les autres, celle d’une confrontation ici et maintenant avec l’existant. Comme pour les participants aux luttes, l’intérêt n’est pas tant d’où l’on vient (quel secteur professionnel, quelle fac, quel quartier, quel genre) mais ce qu’on agit, où l’on va, et jusqu’où ce commun peut nous porter dans ces moments de luttes.
La « convergence des luttes » ne nous offrira donc pas mieux qu’un statut de spécialiste dans notre lutte sectorielle et d’« allié » dans celle des autres. Un « allié » dont l’activité n’est finalement que d’affirmer nominalement qu’il soutient telle ou telle lutte et qu’il faut les faire converger. Virtuellement, l’ « allié » a tout d’un touriste qui peut se désengager à tout instant d’une dynamique parce qu’il n’est pas un « premier concerné ». Et inversement, un « premier concerné » aurait toute légitimité à réduire autrui au statut de simple « allié », sous prétexte d’incarner l’un des aspects problématiques d’un mouvement dont la problématique générale est cependant sensible à tous ceux qui sont présents en son sein. Il peut d’autant plus opérer cette réduction qu’il maîtrise, jusqu’au bout des doigts, les codes sociaux qui lui permettront d’obtenir d’autrui qu’il cède systématiquement la parole à ceux qu’on suppose être spécifiquement concernés par une question, et ce avant voire sans même avoir défini le caractère spécifique de cette question.
Lorsque, dans un mouvement qui nous dépasse tous, nous cessons de lutter en tant qu’étudiants, travailleurs, chômeurs, lycéens… Lorsque, dans un même élan, nous laissons de côté nos revendications particulières pour embrasser le feu de la puissance collective… de nouveaux possibles s’ouvrent enfin devant nous, portant avec eux l’inconnu et la joie de la révolte.